La conquête des fleurs sauvages en ville

La conquête des fleurs sauvages en ville

Les fleurs sauvages sont par nature des conquérantes, elles ont colonisé le monde. Elles ont appris à survivre dans les régions les plus inhospitalières : des zones arides aux milieux humides, des plus hautes montages aux forêts les plus profondes. Un territoire s’oppose encore a leur avancée : la ville. immense, polluée, surpeuplée, c’est un univers hostile.

Mais grâce à leur pouvoir secret, ces aventurières triomphent de tous les obstacles et parviennent à s’introduire dans les cités. Les fleurs sauvages se multiplient et déploient tout leur charme pur nous séduire. Bien-être, santé, bonheur, elles ont temps à nous offrir. Et si ces belles étrangères étaient essentielles à notre avenir ?

Mais où se cachent les fleurs sauvages ?

Au fil de son histoire millénaire, la ville s’est peu à peu densifiée, ne laissant presque plus de place à la nature. Pourtant, les sauvages sont bien là. Elles se blottissent timides, dans les milles recoins de la cité. Elles poussent dans toutes les brèches urbaines, dans des anfractuosités dans le mur, des fissures de bitume entre les pavés.  On les croit peu nombreuses, discrètes, finalement il y a beaucoup plus d’espèces que ce que l’on pourrait imaginer. Ce qui est intéressant dans les vieux murs c’est qu’ils présentent des anfractuosités dans lesquelles une panoplie d’espèces peut s’y loger.

Fleurs sauvages
Image par filselenga – pixabay

Exemples : la pariétaire de Judée, le pissenlit, la cymbalaire des murailles ou la ruine de Rome qui vient du bassin méditerranéen mais qui est très présente sur les vieux murs notamment en milieu urbain.

Sur 2 m carré de mur on peut retrouver une dizaine d’espèces. Cette flore aguerrie s’est tirée partie de toutes les opportunités que lui offre la ville. Un millier d’espèces sauvages peuple nos rues. Elles vont jusqu’à prendre racine là où cela nous semble impossible.

Les plantes peuvent percer le bitume car elles ont la capacité de gonfler leurs cellules d’eau, ce qui leur permet de casser des structures solides.

Stupéfiante capacité de survie de ces aventurières, elles s’accommodent des gaz toxiques, résistent aux températures extrêmes, elles s’adaptent, se dressent vers la lumière, ou s’aplatissent pour résister aux piétinements. Elles peuvent rester des mois sans une goutte d’eau et se contenter d’une infime quantité de nourriture. Elles semblent indestructibles.

Fleurs sauvages
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Jugées indésirables, elles étaient systématiquement éliminées mais il y a quelques années, les herbicides ont été bannis des villes, les fleurs sauvages sont alors apparues, formant aux coins des rues de surprenant bouquets.

La grande mauve, autrefois recherchée pour sa saveur et ses vertus médicinales, était totalement inconnue en ville. Comme elle ne fleurit que tous les 2 ans, elle n’avait aucune chance d’échapper aux herbicides et de parvenir à maturité. La trêve qui a été signée, lui a permis comme à bien d’autres, de s’épanouir et d’illuminer nos rues d’une multitude de tâches de couleurs.

Mais le phénomène est-il durable ?Quel est son ampleur ?

Les scientifiques s’interrogent. L’irruption des fleurs sauvages dans la ville suscite curiosité et intérêt. Cette conquête est fragile, la ville lui fait obstacle car elle n’a pas été pensée pour les accueillir. Si les centres historiques des villes se laissent séduire, qu’en est-il des périphéries ? Dans un univers de verre et d’acier, nulle place pour se fixer.

A partir du moment où l’on commence à voir les fleurs, à les nommer, à savoir à quelle famille elles appartiennent, quelles sont les propriétés, quels sont les usages, on a davantage envie de les préserver.

Fleurs sauvages
Image par pixel2013 – pixabay

Pour beaucoup, les espèces sauvages qui poussent un peu n’importe où, ce sont des mauvaises herbes sans intérêt. En réalité elles ont beaucoup d’intérêt, elles participent au fonctionnement de l’écosystème urbain et elles rendent des services dont les gens n’ont pas forcément conscience.

Les fleurs sauvages s’invitent également auprès des plantes cultivées dans un jardin.

Pissenlits, étoiles de perse, séneçon du cap, clématite, une cohabitation avec des fleurs ornementales s’improvise, des liens se créent. Un écosystème nouveau est entrain de naître. Et dans le sillage des fleurs, les insectes apparaissent eux aussi !

Les plantes constituent le démarrage de la biodiversité, parce que ce sont elles qui sont sources de nourriture et d’habitation pour un grand nombre d’espèce animale donc elles sont à la base de la chaîne alimentaire. Si il y a des plantes, il y a des insectes, il y a des oiseaux, il y a des petits mammifères etc. Donc c’est vraiment la reconquête des plantes dans la ville qui va induire la qualité de la biodiversité.

Fleurs sauvages
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Les fleurs sauvages ont aussi besoin de temps et de calme pur se développer. Il leur faut des refuges comme les grands parcs urbains, créations des siècles passés. Ils étaient encore à l’extérieur des cités quand les paysagistes des empereurs et des rois, ont imaginé et agencé ces espaces de nature. Depuis ils ont été englobés dans les villes.

Au printemps, le cerfeuil des bois est une des premières fleurs sauvages à s’épanouir. Son inflorescence neigeuse enchante les sous bois mais ce développement précoce et spectaculaire se fait au détriment de la diversité. En occupant toute la place, le cerfeuil empêche les autres fleurs sauvages de s’implanter.

Les parcs urbains ne sont pas des espèces naturels sauvages, mais pour quelques heures en fin de semaine, ils offrent aux citadins en mal de verdure l’opportunité de se ressourcer.

Des lieux inattendus

Fleurs sauvages
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Il existe d’autres lieux plus propices au retour des fleurs sauvages. Des lieux préservés des activités humaines, où règne un calme de campagne paisible : les cimetières.

Autrefois hors les murs, ces vastes refuges se retrouvent eux aussi à l’intérieur des cités. Aujourd’hui, grâce à l’arrêt des herbicides, cet univers froid et solennelle est en pleine métamorphose. La toute nouvelle flore qui se développe transforme en permanence le décor du cimetière. Les fleurs sauvages cohabitent avec les fleurs amenées par les personnes venues fleurir la tombe de leur entourage. Le cimetière peut se muer en un jardin spontané et joyeux. Aux côtés des défunts, les plantes sauvages trouvent elles aussi le repos.

Au départ, les cimetières ayant arrêté les herbicides ont reçu un accueil négatif de la part des visiteurs, puisque l’apparition des herbes folles comme on dit communément, est souvent perçu en France comme un manque de respect vis a vis des défunts. Mais un phénomène s’est produit, le charme des fleurs sauvages à opéré et les familles ont ressenti les bienfaits de leur présence. comme une compagnie réconfortante, qui atténue leur peine et rappelle le souvenir des jours heureux.

Fleurs sauvages
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Ce qui est intéressant, c’est qu’on laisse la vie renaître auprès de disparues. C’est un symbole assez fort. Le cimetière apporte un coté “parc”, de nouvelles familles viennent s’y promener avec des enfants, pour observer les oiseaux et venir s’asseoir sur un banc tout simplement.

Peu à peu, les fleurs sauvages progressent dans les villes en gagnant le cœurs des citoyens, elles ont remporté une manche mais pas la partie. Bien souvent les fleur sont encore reléguées aux endroits les plus exposés à la pollution, tels qu’aux abords des voies rapides de nos villes peuplées de milliers d’habitants. Une telle concentration d’humains et de leurs véhicules empoisonne l’air, l’eau, les sols. C’est une nouvelle épreuve à affronter

Dans leur détresse, les plantes sauvages parviennent à trouver refuge dans des zones épargnées par la foule et la circulation.

Fleurs sauvages
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La ville, en constante transformation, offre d’autres opportunités aux nouvelles arrivantes. Une ancienne voie de chemin de fer par exemple, les lieux oubliés, souvent interdits au public, est propice aux plantes sauvages.

Ce qui est fascinant dans les plantes, c’est que la grande majorité d’entre elles sont comestibles et souvent même médicinales, très souvent les deux en même temps.

Exemples : le millepertuis, pour l’identifier, il faut l’écraser entre ses doigts, il en ressort une couleur rouge comme du sang. Cette huile rouge qui en sort on peut l’appliquer après un coup de soleil, des brûlures, des douleurs de dos, des rhumatismes. On peut la manger pour combattre la dépression, déprime, anxiété, problèmes de sommeil.

Fleurs sauvages
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L’ortie, produit des fruits que l’on peut manger, ils sont très nutritifs, intéressants pour les reins et les convalescences, fatigues. Pour la cueillir il faut la prendre par en dessous, la mettre tête en bas, la caresser en partant du haut et ça ne pique pas ! Pour la manger crue, on en fait une boulette entre les doigts, ça neutralise le coté piquant ! Elle a un gout d’haricot vert cru, quand c’est cuit on est proche de l’épinard. C’est une des plantes les plus nutritives, de loin ! Elle est dans le top 5 😉

Les plantes sauvages ont coévoluées avec les insectes et les animaux, depuis la nuit des temps. C’est cette coévolution qui ont fait qu’elles ont fabriqué des molécules médicinales pour se défendre face aux ruminants, aux intempéries, aux UV.

Renouer avec ces connaissances millénaires est source de bonheur, le fait de connaitre les plantes et de savoir quels sont leurs usages, ça change le lien. On ne voit plus la nature comme un potentiel danger mais comme une alliée, quelque chose de riche qui nous apporte tout ce dont on a besoin.

Fleurs sauvages
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Ces herbes que l’on ignore et que l’on nomme mauvaises herbes ou herbes folles, se révèlent être une inépuisable source de bienfaits. Ce sont de fidèles alliées qui nous régalent, nous soulagent, nous réconfortent, nous soignent.

Les fleurs sauvages réapparaissent comme par enchantement dans ces terrains oubliés qui échappent à la pression immobilière. Elles séduisent les citadins.

Les friches, indispensables aux fleurs sauvages

Les friches sont les endroits les plus précieux pour garantir une flore sauvage en ville, ce sont des jungles urbaines. Il faut faire connaitre ces espaces, les valoriser, montrer aux citadins l’intérêt de ces espaces. Il faut faire le pas de passer ces barrières pour voir la diversité qu’elles abritent et la beauté de ces milieux.

L’absence de l’intervention humaine pendant plusieurs années est une occasion exceptionnelle d’étudier le cycle de vie des plantes. Les friches sont le socle de la nature sauvage. Par contre, les friches sont moins nombreuses et moins grandes qu’il y a quelques années donc toute la diversité qu’elles abritent est menacée.

Fleurs sauvages
Image par paulmuenzner0 – pixabay

Preuve de l’intérêt qu’elles suscitent, des agents municipaux suivent attentivement leur avancée. L’incroyable vitalité de la nature, sa capacité d’adaptation, les surprennent toujours. C’est une évidence, la flore sauvage prospère dès qu’elle en a l’opportunité. Ce n’est pas parce qu’un lieu est pollué, au sens humain du terme, que ce lieu n’est pas habitable pour des espèces végétales ou animales. Il y a même dans l’esprit des espèces, une acceptation des déchets des pollutions au bénéfice du calme qu’elles y trouvent et de cette exubérance de la végétation, ce qu’on appelle des habitats.

En pleine ville, dans des décors de friches industrielles, on peut retrouver des écosystèmes pleins de vie à l’oeuvre. Un message d’espoir pour l’avenir.

L’intérêt des plantes sauvages c’est qu’elles ont un patrimoine génétique plus résistant aux maladies et on utilise les espèces sauvages comme porte greffe pour donner leur vigueur aux variétés horticoles qui sont greffées dessus car ces dernières sont plus fragiles.

La formidable robustesse des espèces sauvages acquise au fil de l’évolution, est un héritage vital dont les plantes domestiques ne peuvent se passer sous peine de dépérir voire de disparaître.

La propagation des fleurs sauvages

Le vent, comme les animaux et plus rarement les humains, permet aux graines de se propager sur de grandes distances. Une stratégie parmi bien d’autres, mise en oeuvre au fil du temps par la sélection naturelle.

Fleurs sauvages
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Au cours de leur évolution, les chardons ont élaboré des stratégies de défense telle que leurs tiges hérissées d’épines aussi dissuasives qu’une armure, pour se protéger des prédateurs qui n’existent plus guère dans leur nouvelle vie de citadins. Certains chardons sauvages sont très intéressants pour les insectes pollinisateurs, d’où leur intérêt dans les villes.

La végétalisation des villes

Une nouvelle menace nous amène à devoir mieux considérer les fleurs sauvages : le réchauffement climatique.

En été, le béton et le bitume piègent la chaleur, les villes suffoquent et les municipalités peinent à soulager les populations. La végétation elle, rafraîchit naturellement et gratuitement l’atmosphère. Elle a la capacité de réduire de plusieurs degrés, la température de nos cités.

Fleurs sauvages
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L’urgence est là, mais pour végétaliser la ville à grande échelle, les terrains disponibles manquent cruellement. Et pourtant, 1/3 de la superficie de nos agglomérations reste inutilisée, les toitures en font partie.

Il est possible d’installer des parcelles sur les toitures, sur lesquelles on laisse les espèces de plantes spontanées, à se développer naturellement. Le constat est que cela fonctionne très bien et que la plupart des espèces sont locales ! Le vent et les oiseaux se sont chargées d’ensemencer les toits, faisant naître des prairies qui mêlent espèces horticoles et sauvages.

Peuvent cohabiter ensemble, le trèfle des champs, le coquelicot, le géranium sauvage…. c’est un écosystème d’une grande richesse qui voit le jour.

Les espèces sauvages sont très présentes, elles se disséminent facilement mais il leur manque les conditions d’implantation. Mais dès que l’on met en place des espaces dédiés, elles s’installent de manière foisonnante.

Fleurs sauvages
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Un autre genre de fleur sauvage s’épanouie à merveille sur les toits, les orpins, aux 400 espèces. Ce sont des plantes succulentes aux tissus gorgés d’eau, elles se contentent d’une mince couche de terre, de très peu d’eau et minéraux, résistent aux fortes chaleurs comme au gel, et ne demandent presque aucun entretien. Les orpins nous émerveillent par leur robustesse, leur frugalité, on les dirait fait pour coloniser la ville.

La nature peut rendre au centuple les attentions que nous lui portons. En ville, il y a des surfaces énormes de toits, qui sont inoccupés pour le moment et qui ne demandent qu’à être colonisés par les espèces sauvages. Les fleurs sauvages sont missionnées pour résoudre une partie des problèmes de la ville.

D’autres espaces s’ouvrent pour les accueillir, de nouveaux quartiers sortent de terre toujours plus verts. Une passerelle a été jetée entre deux mondes que tout semblait séparer : la nature et la ville. Celle-ci commence à faire peau neuve en devenant plus verte, elle procure du bien-être et s’embellit.

Mais certains voient plus loin et rêvent de réconcilier durablement le béton et le végétal.

Une école expérimentale a été conçue pour accueillir naturellement la végétation, un écrin de verdure avec une prairie fleurie et même une petite forêt. Et si la ville et la nature s’unissaient pour imaginer une nouvelle façon de cohabiter ? Une utopie déjà bien réelle pour ces écoliers, qui sans le savoir, nouent une relation de toute une vie, avec les plantes.


Les fleurs sauvages font souffler un vent de liberté sur les cités, arrivées en clandestine, elles se sont intégrées en douceur et notre regard sur elles a changé. Elles nous veulent du bien et nous font du bien. Elles enchantent notre quotidien. Et si nous savons leur accorder la place qui leur revient, ces paisibles conquérantes ont bien l’intention de révolutionner notre avenir.

Source : https://www.youtube.com/watch?v=xwOgUfGHhmo&list=PLmfiCnVD2LL70gteoAEiTRWvHsqxuyKCS&index=3

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