La rose : son langage

La rose : son langage

Qui n’a jamais célébré la rose ?

Les poètes n’ont pu exagérer sa beauté, ni parfaire son éloge. Ils l’ont appelée, avec justice, fille du ciel, ornement de la terre, gloire du printemps ; mais quelle expression a jamais rendu les charmes de cette belle fleur, son ensemble voluptueux et sa grâce divine ?

Quand elle s’entrouvre, l’œil suit avec délices ses harmonieux contours. Mais comment décrire les portions sphériques qui la composent, les teintes séduisantes qui la colorent, le doux parfum qu’elle exhale ? Voyez-la, au printemps, s’élever mollement sur son élégant feuillage, environnée de ses nombreux boutons. On dirait que la reine des fleurs se joue avec l’air qui l’agite, qu’elle se pare des gouttes de la rosée qui la baignent, qu’elle sourit aux rayons du soleil qui l’entrouvrent ; on dirait que la nature s’est épuisée pour lui prodiguer à l’envi, la fraîcheur, la beauté des formes, le parfum, l’éclat et la grâce.

La rose embellit toute la terre : elle est la plus commune des fleurs. Le jour où sa beauté s’accomplit, on la voit mourir ; mais chaque printemps nous la rend fraîche et nouvelle. Les poètes ont eu beau la chanter, ils n’ont point vieilli son éloge, et son nom seul rajeunit leurs ouvrages. Emblème de tous les âges, interprète de tous nos sentiments, la rose se mêle à nos fêtes, à nos joies, à nos douleurs. L’aimable gaieté s’en couronne, la chaste pudeur emprunte son doux incarnat ; on lui compare la beauté, on la donne pour prix à la vertu ; elle est l’image de la jeunesse, de l’innocence et du plaisir ; elle appartient à Vénus, et, rivale de la beauté même, la rose possède la grâce, plus belle encore que la beauté.

La feuille de rose

Rose

Audace, Ingéniosité

Il y avait à Amanda, une académie dont les statuts étaient conçus en ces termes : « Les académiciens penseront beaucoup, écriront peu, et parleront le moins possible. » Le docteur Zeb, fameux dans tout l’Orient, apprit qu’il vaquait une place à cette académie : il accourt pour l’obtenir ; malheureusement il arriva trop tard. L’académie fut désolée : elle venait d’accorder à la puissance ce qui appartenait au mérite. Le président, ne sachant comment exprimer un tel refus qui faisait rougir l’assemblée, se fit apporter une coupe qu’il remplit d’eau si exactement qu’une goutte de plus l’eût fait déborder. Le savant solliciteur comprit, par cet emblème, qu’il n’y avait plus de place pour lui.

Il se retirait tristement, lorsqu’il aperçut une feuille de rose à ses pieds. A cette vue, il reprend courage ; il prend la feuille de rose et la pose si délicatement sur l’eau que renfermait la coupe, qu’il ne s’en échappa pas une seule goutte. A ce trait ingénieux, tout le monde battit des mains, et le docteur fut reçu, par acclamation, au nombre des silencieux académiciens.

La couronne de roses

Couronne de roses

Récompense de la vertu

Saint Médard, né à Salency d’une illustre famille, institua aux lieux de sa naissance, le prix le plus touchant que la tendre piété ait jamais offert à la vertu. Ce prix est une simple couronne de roses ; mais, pour l’obtenir, il faut que toutes vos rivales, toutes les filles du village, vous reconnaissent pour la plus soumise, la plus modeste et la plus sage. La sœur même de saint Médard fut nommée en 552, d’une commune voix, première rosière de Salency. Elle reçut sa couronne des mains du fondateur, et elle la légua, avec l’exemple de ses vertus, aux compagnes de son enfance. Les siècles qui ont renversé tant d’empires, qui ont brisé le sceptre de tant de rois, ont respecté la couronne de Salency : elle ait passé de protecteurs en protecteurs sur le front de l’innocence ; puisse-t-elle la couronner toujours, et mériter le bonheur à toutes celles qui l’obtiendront !

La rose mousseuse

Rose

Amour voluptueux

En voyant la rose mousseuse avec ses épines sans aiguillon et son calice environné d’une molle et douce verdure, on dirait que la volupté a voulu disputer cette belle fleur à l’amour. Madame de Genlis assure qu’à son retour d’Angleterre, ce fut chez elle que tout Taris vint admirer le premier rosier de cette espèce. Alors madame de Genépis était déjà célèbre, et le rosier n’était sans doute que le prétexte de la foule qui se pressait autour d’elle : la modestie peut seule l’induire en erreur ; car ce rosier, qui est originaire de Provence, nous est connu depuis plusieurs siècles.

Le bouquet de roses ouvertes

bouquet roses

Faites du bien

Ces belles fleurs semblent inviter à se faire du bien : la reconnaissance est plus douce encore que leur parfum.

Mélange de roses blanches et rouges

rose blanche rose rouge

Souffrances d’amour

Le poète Bonnefons envoya à l’objet de ses amours deux roses, l’une blanche et l’autre du plus vif incarnat : la blanche, pour imiter la pâleur de son teint, et l’incarnat pour peindre les feux de son cœur. Il avait joint à son bouquet ces quatre vers :

Pour toi, ces fleurs viennent d’éclore ;
Vois, l’une est blanche, et l’autre se colore
D’un vif éclat : l’une peint ma pâleur,
L’autre mes feux : toutes deux mon malheur.

Des roses parmi la verdure

roses

Il y a tout à gagner en bonne compagnie

Un jour, dit le poète Sadi, je vis un rosier environné d’une touffe de gazon. Quoi ! m’écriai-je, cette vile plante est-elle faite pour se trouver dans la compagnie des roses ? Et je voulus arracher le gazon, lorsqu’il me dit humblement : « Épargnez-moi : je ne suis pas la rose, il est vrai ; mais à mon parfum on connaît au moins que j’ai vécu avec des roses. »

La philosophie des roses

Le célèbre roman de la Rose, oeuvre poétique française médiévale qui fit les délices de la cour de Philippe le Bel, semble n’avoir été écrit que pour nous apprendre combien il est dangereux d’écouter un séducteur. Un amant passionné qui s’inquiète, s’agite pour devenir possesseur d’une rose, voilà le sujet du livre. Mais cet amant si tendre qui ne trouve rien d’égal à la rose qu’il adore ; aussitôt joui de son doux parfum, la néglige et l’abandonne.

Smindride, de la ville de Sybaris, disait que le pli d’une feuille de rose l’avait empêché de dormir. C’est pourquoi le philosophe Aristippe respirant un jour le parfum d’une rose, s’écriait : « Maudits soient les efféminés qui ont fait décrier de si douces sensations ! »

Objet d’amour et de philosophie, dit Bernardin de Saint-Pierre, voyez la rose, lorsque, sortant des fentes d’un rocher humide, elle brille sur sa propre verdure, que le zéphyr la balance sur sa tige hérissée d’épines, que l’aurore l’a couverte de pleurs, et qu’elle appelle, par son éclat et ses parfums, la main des amants. Quelquefois une cantharide (insecte vert), nichée dans sa corolle, en relève le carmin par son vert d’émeraude ; c’est alors que cette fleur semble nous dire que, symbole du plaisir par son charme et sa rapidité, elle porte comme lui le danger autour d’elle, et le regret.


Source : Le langage des fleurs de Charlotte de La Tour (de son vrai nom, Louis Aimé MARTIN), 1818.

Leave a comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *