Le langage des fleurs : dictionnaire des mots en A

Le langage des fleurs : dictionnaire des mots en A

Abandon, activité, amabilité, amitié, amitié douce, amour, amour maternel, amour platonique, amour vif et pur, arrière-pensée et artifice… Des mots qui nous parlent lorsque l’on cherche à exprimer certains de nos sentiments. Découvrez dans cet article les fleurs associées à ces termes, avec leurs origines et leurs distinctions bien particulières ! Rien n’est dû au hasard…

Abandon

Anémone

anémone

Anémone fut une nymphe aimée de Zéphire. Flore, jalouse, la bannit de sa cour et la métamorphosa en une fleur qui s’épanouit toujours avant le retour du printemps. Cette fleur dont le règne est court, exprime à merveille le passage rapide de la beauté.

Activité

Thym

thym

Des mouches de toutes les formes, des scarabées de toutes les couleurs, les diligentes abeilles, les papillons légers, environnent sans cesse les touffes fleuries du thym. Peut-être que cette humble plante paraît à ces légers habitants de l’air, qui ne vivent qu’un printemps, comme un arbre immense aussi vieux que la terre, couvert d’une verdure éternelle sur laquelle ces fleurs brillent comme de superbes amphores toutes pleines de miel à leur usage. Les Grecs regardaient le thym comme le symbole de l’activité ; sans doute ils avaient observé que son parfum, qui fortifie le cerveau, est très-salutaire aux vieillards, auxquels il rend de l’énergie, de la souplesse et de la vigueur.

L’activité est une vertu guerrière qui toujours s’associe avec le véritable courage. C’est pour cela qu’autrefois les dames brodaient souvent, sur l’écharpe de leurs chevaliers, une abeille bourdonnant autour d’une branche de thym. Ce double symbole disait encore que celui qui l’avait adopté mêlerait la douceur à toutes ses actions.

Amabilité

Jasmin blanc

jasmin blanc

Il y a des personnes dotées d’un si bon caractère, qu’elles semblent être jetées dans le monde pour être le lien des sociétés. Elles ont, dans les manières, tant de facilité et de grâce, qu’elles supportent toutes les positions, s’accommodent à tous les goûts, et font valoir tous les esprits. Elles sont si obligeantes, que toujours elles s’intéressent à ce que vous dites, s’oublient pour vous servir, se taisent pour vous entendre ; elles ne flattent personne, n’affectent rien, n’offensent jamais : leur mérite est un don du ciel, comme celui d’un joli visage ; elles plaisent, en un mot, parce que la nature les a faites aimables.

Le jasmin semble avoir été créé tout exprès pour être l’heureux emblème de l’amabilité. Lorsque, vers 1560, il fut apporté des Indes par des navigateurs espagnols, on admira la légèreté de ses rameaux, le lustre délicat de ses fleurs étoilées ; et on crut que, pour conserver une plante si élégante et si mignonne, il fallait la mettre en serre chaude. Elle parut s’en accommoder : on l’essaya en orangerie, elle y crut à merveille ; on la risqua en pleine terre, où maintenant, sans demander aucun soin, elle brave nos plus rigoureux hivers.

Partout on voit l’aimable jasmin diriger à notre gré ses rameaux souples et faciles ; il les étend en palissades, les arrondit en tonnelles, les jette en buissons, les élève en massifs, et souvent les déploie en verts tapis le longs de nos terrasses et de nos murailles. D’autres fois encore, obéissant aux caprices et aux ciseaux du jardinier, il élève, sur une faible tige, une tête arrondie, semblable à celle d’un jeune oranger; sous toutes ces formes, il nous prodigue des moissons de fleurs qui embaument, rafraîchissent et purifient l’air de nos bosquets.

Ces fleurs délicates et charmantes offrent au léger papillon des coupes dignes de lui, et à nos diligentes abeilles un miel exquis, abondant et parfumé. Le berger amoureux unit le jasmin aux roses pour parer le sein de sa bergère ; et souvent ce simple bouquet, tressé en guirlande, couronne le front des reines.

On raconte qu’avant d’arriver en France le jasmin séjourna en Italie : un duc de Toscane en fut le premier possesseur : tourmenté d’une jalouse envie, ce duc bizarre voulut jouir seul d’un bien si charmant ; il défendit à son jardinier d’en donner une seule tige, une seule fleur. Le jardinier aurait été fidèle s’il n’avait connu l’amour; mais, le jour de la fête de sa maîtresse, il lui présenta un bouquet ; et, pour rendre ce bouquet plus précieux, il l’orna d’une branche de jasmin. La jeune fille, pour conserver la fraîcheur de cette fleur étrangère, la mit dans la terre fraîche ; la branche resta verte toute l’année, et, le printemps suivant, on la vit croître et se couvrir de fleurs. La jeune fille avait reçu des leçons de son amant; elle cultiva son jasmin ; il se multiplia sous ses mains habiles. Elle était pauvre, son amant n’était pas riche : une mère prévoyante refusait d’unir leur misère ; mais l’amour venait de faire un miracle pour eux, la jeune fille sut en profiter; elle vendit ses jasmins, et les vendit si bien, qu’elle amassa un petit trésor dont elle enrichit son amant.

Les filles de la Toscane, pour conserver le souvenir de cette aventure, portaient toutes, le jour de leurs noces, un bouquet de jasmin ; et elles ont un proverbe qui dit qu’une jeune fille, digne de porter ce bouquet, est assez riche pour faire la fortune de son mari. On aime à penser que tous nos jasmins français descendent de celui qui fut heureusement cultivé par les mains de l’amour.

Amitié

Lierre

lierre

L’amour fidèle retient avec une branche de lierre les roses passagères qui couronnent son front. L’amitié a choisit pour devise un lierre qui entoure de verdure un arbre renversé, avec ces mots :

Rien ne peut m’en détacher.

En Grèce, l’autel de l’hyménée était entouré d’un lierre, et on en présentait une tige aux nouveaux époux, comme le symbole d’un lien indissoluble. Les Bacchantes, le vieux Silène, et Bacchus lui-même, étaient couronnés de lierre. La verdure éternelle des feuilles du lierre était pour cette cour joyeuse, l’emblème d’une constante ivresse. On a quelque fois représenté l’ingratitude sous la forme du lierre qui étouffe son soutien : l’auteur des Etudes de la Nature a repoussé cette idée : le lierre lui paraît le modèle des amis.

Rien ne peut le séparer de l’arbre qu’il embrasse une fois. Il le pare de son feuillage dans la saison cruelle où ses branches noircies ne soutiennent plus que des frimas ; compagnon de ses destinées, il tombe quand on le renverse, la mort même ne l’en détache pas, et il décore de sa constante verdure le tronc tout desséché de l’appui qu’il adopta.

Ces idées, aussi touchantes que gracieuses, ont encore le mérite d’être vraies. Le lierre tient à la terre par ses propres racines et ne tire point sa substance des corps qu’il environne ; protecteur des ruines ; il est l’ornement des vieux murs qu’il soutient. Il n’accepte point tous les appuis, mais, ami constant, il meurt où il s’attache.

Amitié douce

Glycine

glycine

La glycine est une liane élégante ; les Chinois en ont fait le symbole d’une amitié tendre et délicate. Pour se développer, cette plante veut être soutenue et abritée au pied d’un mur qui regarde le midi. Ses belles fleurs, d’un bleu pâle, disposées en longues grappes pendantes, comme celles de l’acacia, se renouvellent plusieurs fois chaque année, mais c’est au mois d’avril surtout qu’elles se déroulent de tous côtés et qu’elles inondent les plus grands arbres de leurs guirlandes parfumées.

Alors elles voilent nos murs, elles encadrent nos fenêtres, elles forment des berceaux, et retombent, comme une pluie de fleurs, des toits de nos maisons ; enfin elles se prêtent à tous les caprices, à toutes les exigences de ceux qui les cultivent avec amour.

On le voit, cette plante est facile, elle est agréable, elle est douce comme l’amitié ; et, pour la conserver, que lui faut-il ? Ce que le cœur prodigue à un ami : de la tendresse et des soins.

Amour

Myrte

myrte

Le Chêne, de tout temps, fut consacrer à Jupiter, le laurier à Apollon, l’olivier à Minerve, et le myrte à Vénus. Une verdure perpétuelle, des branches souples, parfumées, chargées de fleurs, et qui semblent destinées à parer le front de l’amour, ont valu au myrte l’honneur d’être l’arbre de Vénus. A Rome, le premier temple de cette déesse fut environné d’un bosquet de myrtes. En Grèce, elle était adorée sous le nom de Myrtie.

Quand Vénus parut au sein des ondes, les Heures allèrent au devant d’elle, et lui présentèrent une écharpe de mille couleurs et une guirlande de myrte. Après sa victoire sur Pallas et Junon, elle fut couronnée de myrte par les Amours. Surprise un jour en sortant du bain par une troupe de Satyres, elle se réfugia derrière un buisson de myrte ; ce fut aussi avec des branches de cet arbre qu’elle se vengea de l’audacieuse Psyché, qui avait osé comparer sa beauté passagère à une beauté immortelle.

Après l’enlèvement des Sabines, les Romains se couronnèrent de myrte en l’honneur de Vénus guerrière, de Vénus Victorieuse ; cette couronne partagea ensuite les privilèges du laurier, et brilla sur les fronts de triomphateurs.

Aujourd’hui, on conserve un goût très vif pour ce joli arbuste. Si les anciens ont eu cette idée, si l’arbre de Vénus était encore pour eux l’arbre des amours, c’est qu’ils avaient observés que le myrte, en s’emparant d’un terrain, en écarte toutes les autres plantes ! Ainsi l’amour maître d’un cœur n’y laisse de place pour aucun autre sentiment.

Amour maternel

Mousse

mousse

J.J Rousseau si longtemps tourmenté par ses passions et persécuté par celles des autres hommes, consola les dernières années de sa vie par l’étude de la nature. Il n’interrogeait, il n’aimait plus qu’elle, et son goût pour la botanique adoucissait tous ses maux et calmait toutes ses douleurs. L’étude des mousses surtout, avait des charmes pour lui :

Ce sont elles qui rendent à nos campagnes un air de jeunesse et de fraîcheur. Elles embellissent la nature au moment où les fleurs ont disparu et où leurs tiges flétries se confondent avec la poussière de nos champs.

Effectivement c’est en hiver que les mousses offrent aux yeux du botaniste leur vert d’émeraude, leurs noces secrètes et les charmants mystères des urnes et des amphores qui renferment leur postérité.

Semblables à ces amis qui ne se rebutent ni du malheur, ni même de l’ingratitude, les mousses, bannies des champs cultivés, s’avancent vers les terrains arides et incultes, pour les couvrir de leur propre substance qui se change peu à peu en une terre féconde. Elles s’étendent dans les marécages et les transforment bientôt en utiles et riantes prairie.

L’hiver, lorsque rien ne végète plus, ce sont-elles qui se chargent de l’hydrogène et du carbone qui vicient l’air que nous respirons, pour nous le rendre chargé de l’oxygène qu’il épure. L’été, elles formes à l’ombre des forêts, des gazons où le berger, l’amant et le poète aiment également à se reposer. Les petits oiseaux en tapissent les nids qu’ils préparent à leur naissantes familles et l’écureuil en construit sa demeure circulaire.

Sans ces plantes, parfois oubliées de l’Homme, une partie de notre globe serait inhabitable.

Aux confins du monde, les Lapons couvrent de mousse les souterrains où, rassemblés en familles, ils bravent les plus longs hivers, leur nombreux troupeaux de rennes ne connaissent point d’autre nourriture. Cependant, ils donnent à leurs éleveurs de délicieux laitages, une chaire succulente et de chaude fourrure. Réunissant ainsi pour le lapon tous les avantages que nous présentent séparément la vache, le cheval et la brebis. Les Lapons réunis autour de vastes poêles, célèbrent au bruit de leurs tambours, les aurores boréales qui éclairent leur longues nuits.

Ils chantent les vertus de leur père ou leurs propres exploits tandis que leurs femmes assises auprès d’eux, réchauffent dans des berceaux de mousse leurs petits-enfants enveloppé d’hermine.

Amour platonique

Acacia

acacia

Les Indiens d’Amérique ont consacré l’acacia, au génie des chastes amours. Leurs arcs étaient fait du bois incorruptible de cet arbre, leurs flèches sont armées d’une de ses épines. Ces fiers Enfants du Désert que rien ne pouvaient soumettre, concevaient un sentiment plein de délicatesse. Peut-être ne savaient-ils pas comment l’exprimer par des paroles, mais ils en ont trouvé l’expression dans une branche d’acacia fleurie.

La jeune indienne comme la coquette citadine, entendait ce langage séducteur et recevait en rougissant, l’hommage de celui qui avait su la toucher, par le respect et par l’amour.

Il n’y a guère plus de deux siècles que les forêts du Canada nous ont cédé ce bel arbre. Le botaniste Robin, qui nous l’apporta le premier, lui donna son nom.

L’acacia, en déployant dans nos bocages son ombre légère, ses fleurs odorantes et sa douce et fraîche verdure, semble y prolonger le printemps. Le Rossignol aime a confier son nid à ce nouvel habitant de nos climats : l’aimable oiseau, comme rassuré par les longues et fortes épines qui protègent sa famille, descend quelquefois sur les dernières branches de l’arbre pour faire entendre de plus près ses ravissants concerts.

Amour vif et pur

Œillet

oeillet

L’œillet primitif est simple, rouge et parfumé. La culture a doublé ses pétales et variés ses couleurs à l’infini. Ces belles fleurs se peignent de mille nuances, depuis le rose tendre jusqu’au blanc parfait, et depuis le rouge foncé jusqu’à l’éclatante couleur de feu. On voit aussi sur la même fleur deux de ces couleurs qui se heurtent, s’opposent et se confondent. Le blanc pur est piqué de cramoisi, et le rose se panache d’un rouge vif et brillant. Aussi voit-on communément ces belles fleur marbrées, tigrées, et d’autres fois brusquement tranchées, de façon que l’œil séduit croit apercevoir dans le même calice une fleur de pourpre et une fleur d’albâtre.

Presque aussi varié de formes que de couleurs, l’œillet épanouit ses beaux fleurons en houppe, en cocarde, en pompom, et d’autres fois encore il affecte la forme et la couleur de la rose ; mais toujours il conserve son délicieux parfum, et il tend sans cesse à quitter sa parure étrangère pour reprendre ses simples atours. Car la main du jardinier, qui peut doubler, tripler, bigarrer et varier sa parure, ne saurait la rendre constante.

Ainsi la nature a déposé dans nos cœurs le germe le plus délicieux des sentiments. L’art et la société, en développant, en cultivant ce germe, l’embellissent, l’affaiblissent ou l’exaltent. Cent causes réunies peuvent en rendre les effets inconstants et variables, mais malgré les caprices, les erreurs et les jeux incompréhensibles du cœur humain, la nature ramène toujours l’amour au but qu’elle lui a prescrit.

Arrière-pensée

Aster

aster

L’Aster commence à s’épanouir quand toutes les autres fleurs deviennent rares. Comme une arrière-pensée qui arriverait une fois que (presque) tout a été dit…

Artifice

Clématite

clématite

Les mendiants s’en frottaient la peau pour la rougir et ainsi attendrir les passants. C’était donc un subterfuge afin que ces derniers leur donnent quelques sous !


Source : Le langage des fleurs de Charlotte de La Tour (de son vrai nom, Louis Aimé MARTIN), 1818.

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