Les couronnes de fleurs, leurs origines

Les couronnes de fleurs, leurs origines

Aussitôt qu’il y a eu sur la terre une famille, une prairie, un arbre, un ruisseau, on a aimé les fleurs. Les peuples de l’Orient, n’imaginaient rien de plus doux que de vivre éternellement dans un jardin délicieux, entourés de belles femmes et couchés sur des fleurs. Les femmes elles-mêmes de manière générale, n’étaient souvent regardées que comme d’aimables fleurs faites pour embellir la vie.


Emblèmes des fleurs chez les différents peuples

L’Inde

On cultivait la beauté dans les palais d’Asie, comme une rose dans un parterre, et on n’exigeait des femmes d’être belles comme une rose. Le soin d’arroser certaines plantes de prédilection était d’ailleurs poussé à l’extrême, car il était confié aux femmes vierges qui s’occupaient également d’en tresser d’autres pour la décoration des temples, et pour leurs propres parures. Les jeunes bayadères (danseuses sacrées) couvraient leurs têtes, leurs colliers et leurs ceintures, de fleurs.

La Turquie

Les Turcs, comme tous les Orientaux, se servaient du langage des fleurs ; auquel ils mêlèrent à leur signification celle des rubans, des étoffes et de mille autres choses. Mais ils pouvaient dépenser souvent plus pour un bouquet que pour un diamant. La fête des tulipes était chez eux d’une telle magnificence, que sa description paraîtrait merveilleuse dans les merveilleuses pages des Mille et une Nuits.

L’Egypte

Dans la somptueuse Égypte, on portait cette passion si loin, qu’Amatis, un simple particulier, devint général des armées du roi Partants, pour lui avoir présenté un chapeau de fleurs. Plus tard, ce même Amatis s’assit sur le trône d’Égypte. Ainsi, un trône fut le prix d’une simple composition florale…

La Grèce

Les Grecs, disciples des Égyptiens, se livrèrent au même goût. A Athènes, on portait tous les jours au marché des corbeilles remplies de fleurs. C’est là où l’on a vu s’engager un combat charmant entre Pausas, célèbre peintre de Sicyone et la bouquetière Glycéra, sa maîtresse. C’était, dit Pline, un grand plaisir de voir combattre l’ouvrage naturel de Glycéra contre l’art de Pausas, qui finit par la peindre elle-même, assise en faisant un chapeau de fleurs.

Les fleurs étaient non-seulement alors, comme aujourd’hui, l’ornement de lieux et la parure de la beauté ; mais les jeunes gens s’en couronnaient dans les jeux, les prêtres dans les cérémonies, les convives dans les festins. Des guirlandes étaient suspendues aux portes dans les circonstances heureuses, et les philosophes eux-mêmes portaient des couronnes, comme les guerriers en paraient leurs fronts dans les jours de triomphe.

Les couronnes devinrent bientôt le prix et la récompense du talent, de la vertu et des grandes actions.

Le temps, qui a détruit les empires, n’a point détruit ce langage emblématique, il est venu jusqu’à nous avec toute son expression :

  • Les couronnes de chêne, de myrte, de rose, de laurier, étaient destinées aux guerriers et aux amours ;
  • Les fleurs consacrées aux dieux étaient les symboles de leur caractère et de leur puissance. Le lis superbe appartenait à Junon, le pavot à Cérès, l’asphodèle aux Mânes, la jacinthe et le laurier à Apollon, l’olivier à Minerve, le lierre à Bacchus, le peuplier à Hercule, le cyprès à Pluton, le chêne à Jupiter.

La signification, le goût et l’usage des fleurs, passèrent des Grecs chez les Romains, qui portèrent ce luxe jusqu’à la folie. On les voyait changer trois fois de couronnes dans un seul repas ; ils disaient qu’un chapeau de roses rafraîchissait la tête et préservait des fumées du vin ; mais bientôt, voulant jouir d’une double ivresse, ils entassèrent des fleurs autour d’eux, de façon à produire l’effet qu’elles étaient destinées à prévenir…

Héliogabale faisait joncher des fleurs les plus rares ses lits, ses appartements et ses portiques, et, bien avant lui, on avait entendu Cicéron reprocher à Verres d’avoir parcouru la Sicile dans une litière, assis sur des roses, ayant une couronne de fleurs sur sa tête et une autre à son cou.

Le Moyen-Age

Au moyen âge la culture des fleurs fut abandonnée. Dans les temps de dévastations et de barbarie, la terre semble resserrer son sein et n’accorder qu’à regret aux hommes cruels une subsistance mal assurée. Le goût des fleurs prit naissance parmi nous avec celui de la galanterie.

Le règne de la beauté fut aussi celui des fleurs : tout alors prit une expression, et la composition d’un bouquet ne fut plus une chose indifférente ; chaque fleur avait sa signification.

Un chevalier partait-il pour une expédition lointaine, son chapel, formé de giroflées de Mahon et de fleurs de cerisier, semblait dire à sa belle :

Ayez de moi souvenance et ne m’oubliez pas.

Une dame se montrant parée d’une couronnes de blanches marguerites, était censée répondre :

J’y penserai.

Voulait-elle le bonheur de son amant, elle préparait la couronne de roses blanches, qui signifiait le doux :

Je vous aime.

Mais, si les vœux étaient rejetés, la fleur de dents-de-lion indiquait qu’on avait donné son cœur, que le requérant d’amoureuse merci ne devait conserver aucune espérance, et qu’il employait mal son temps.

Les feuilles de laurier peignaient la félicité assurée ; le lis des vallées ou le glaïeul, la noblesse et la pureté des actions et de la conduite ; de petites branches d’if annonçaient un bon ménage, et le bouquet de basilic indiquait qu’on était fâché et même brouillé. Dans ce bon temps, l’amour armé d’un bouquet pouvait tout oser, une fleur dans sa main exprimait bien souvent plus que n’oserait dire le billet le plus tendre.


Conclusion

La découverte du nouveau monde, les voyageurs, les savants et d’habiles cultivateurs, ont tellement multiplié les fleurs dans nos jardins, que le plus modeste de nos parterres brille surtout en automne des tributs de toute la terre. Chaque fleur nous apporte avec un plaisir, une expression nouvelle. Nous avons tâché d’en fixer quelques-unes en cherchant, dans la nature de chaque plante un rapport avec nos affections morales.

La poésie des anciens offre de toutes parts ces heureux rapprochements ; nous leur devons encore nos plus douces images, nos plus aimables comparaisons. Il ne faut donc que donner une âme aux fleurs pour que leur langage, en s’étendant de proche en proche, devienne un jour la langue universelle.


Source : Le langage des fleurs de Charlotte de La Tour (de son vrai nom, Louis Aimé MARTIN), 1818.

Leave a comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *